Le Raku


English version
          


HISTORIQUE (rapide):

RAKU signifie joie, bonheur, sérénité, dans une conception zen de la vie.

Le raku est une technique de cuisson d’émail sur des céramiques.
Il est né au Japon du XVI ème siècle. A cette époque, les samouraïs rejettent le faste de la cour et se tournent vers un mode de vie simple issu du boudhismeZEN: lors de la cérémonie du thé, le maître et les invités recherchaient la sérénité, le bonheur et la beauté dans la simplicité de chaque objet, chaque geste. Les bols à thé de forme très sobre, dans la lignée des rustiques bols de riz des paysans, étaient décorés puis émaillés sur place de façon très simple et rapide dans de petits fours portables. ILs sont le reflet d’une connaissance sensorielle des éléments, terre, minéral, feu...

Bernard Leach a énormément contribué à la connaissance de cette technique en Europe au XXième siècle, et les recherches de nombreux potiers européens et américains lui ont ouvert d’autres horizons, parfois très éloignés de l’esprit zen...

Pour comprendre ce qui se passe lors d’une cuisson raku, voici quelques explications purement techniques. Que les puristes m’excusent, si mon souci de simplification m’amène à laisser de côté certains aspects de la question.

INFORMATIONS SUR LA TECHNIQUE:

1°) LA TERRE:
Les pièces de poterie utilisées en raku sont faites dans une argile particulière, qui doit résister à de grands chocs thermiques:
soit par ajout de chamotte (brique pilée plus ou moins fin), ou de talc, ou d’autres éléments qui vont lui donner de la souplesse pour lui permettre de se dilater sans casser,
soit parce que son point de vitrification est beaucoup plus élevé que la température de cuisson en raku (porcelaine, certains grès...). Le point de vitrification est la température à laquelle l’argile se transforme de façon irréversible en devenant imperméable (ce qui n’est pas le cas de vos pots de fleurs de jardin, par exemple).

2°) L’ÉMAIL:
L’émail est une pellicule de verre qui recouvre le tesson (la terre cuite).
Cet émail peut avoir une composition chimique très complexe.
Pour le raku, on utilise des “FRITTES”: c’est du verre pilé que l’on dilue dans de l’eau. On y ajoute des éléments ou des oxydes de métaux qui vont donner des couleurs et des effets spéciaux.
On applique l’émail sur les poteries déjà cuites (en général), soit au pinceau, soit pas trempage, pulvérisation, ...

L'OXYDATION-RÉDUCTION:
Les oxydes métalliques donnent en cuisson raku des reflets plus ou moins métallisés.
Pensez à un vulgaire tuyau de cuivre. Tout le monde sait que sous l’action de l’humidité, le cuivre à l’air libre va devenir bleu-vert: c’est le “vert de gris”.
Si on gratte la surface du métal, on découvre en dessous l’éclat du cuivre, bien rouge, bien brillant. L’action de l’oxygène de l’air a oxydé le métal en surface, le cuivre oxydé est vert.

Si notre émail contient du cuivre, et qu'il refroidit à l’air libre, il va être vert. Cela s’appelle l’OXYDATION.
Si on prive cet émail d’oxygène , il va être métallisé et ressembler à du cuivre bien astiqué: On dit alors qu’il y a RÉDUCTION.
Voici deux exemples: sur le premier, on a une superbe réduction, la pièce est très rouge, sur le deuxième, il y a du vert ET du rouge



3°) LA CUISSON RAKU:
La cuisson en raku ne se mène pas comme une cuisson normale, où les poteries sont amenées très progressivement à la température de fusion de l’émail, et ensuite refroidies tout aussi lentement:
Ici, on est dans une démarche beaucoup plus brutale.
Le four est monté à très haute température (900°c ou plus). Les pièces de poterie sont enfournées dans le four rouge. On surveille la fusion de l’émail, puis on défourne la pièce avec des pinces.



On la laisse alors refroidir dans un seau de sciure fermé hermétiquement, après l’avoir laissée (ou pas ) prendre un peu l’air, puis on la trempe (ou pas) dans l’eau pour la refroidir très rapidement.



Que se passe-t-il?
L’émail soumis à un choc thermique énorme va se craqueler, se fendiller.
Le refroidissement dans un récipient contenant de la sciure et fermé va provoquer un RÉDUCTION (voir plus haut) car la sciure va, en brûlant, prendre pratiquement tout l’oxygène de l’air disponible, L’émail prendra alors des reflets plus ou moins métalliques.



La terre, en refroidissant, va aspirer le noir de fumée ambiant, et devenir plus ou moins noire là où il n’y a pas d’émail, et dans les craquelures et défauts de l’émail. Ces craquelures noires sont une des principales caractéristiques du raku. Elles sont particulièrement belles, à mon avis, sur de l’émail blanc, ou transparent.



4°)DÉCORATIONS À L'OR:
On peut, en troisième cuisson, ajouter des décorations à l'or: on applique un produit contenant de l'or mélangé à des résines, et on refait cuire, aux alentours de 500-600°C. La pièce est ensuite traitée en enfumage ou refroidie à l'air selon l'émail et l'effet choisi. IL y a encore plus de risque de casse!



LE HASARD:
Les personnes qui font du raku pour la première fois sont souvent un peu déçues de ne pas obtenir l’effet qu’elles ont admiré sur une autre pièce. Les effets sont tout ce qu’il y a de plus aléatoire: Pour une même terre, et un même émail, les craquelures dépendent d’un coup de vent, de la durée du passage à l’air libre, de la température à la sortie du four, de l’épaisseur de la pièce..., les couleurs dépendent des mêmes facteurs, mais aussi du combustible dans lequel on dépose l’objet, de l’étanchéité du récipient, de l’épaisseur de l’émail...
Et puis, hélas, ça casse. Ca casse beaucoup, même, et il faut gérer cette frustration-là aussi!
Chaque pièce faite en raku est unique. On peut choisir son émail, sa terre, sa forme, mais on ne maîtrise pas tout. C’est un peu cela, aussi, la magie du raku...

Il y a bien d’autres choses à dire sur le raku, et je ne vous ai expliqué ici que ce qui peut vous faire comprendre comment je fabrique les perles de mes bijoux. Il y a beaucoup de personnes passionnées qui explorent à l’infini les possibilités offertes par ce type de cuisson (avec ou sans émail...). Pour cela, je vous revoie à des recherches personnelles sur internet. Si vous êtes mordus par le virus, je ne peux plus rien pour vous, je ne suis qu’un misérable vermisseau qui balbutie à la frontière de l’infini... ;-)






Dernière mise à jour : 15/07/2008 - Laurence Destrade